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Danièle Obono sur X : la panafricaine, l'exception iranienne et le miroir des otages

Nous avons analysé les 14 486 tweets de la députée de Paris (2017–2026), dixième et dernier profil du lancement de cette série. Son archive contient la vraie exception iranienne des dix comptes — 14 tweets de soutien à la révolte Femme, Vie, Liberté de 2022 — et les records ouïghour et rohingya de la série. Elle contient aussi un test panafricain en partie échoué, le renversement lexical des «otages», et les mêmes zéros latino-américains que les neuf autres.

Analyse fondée sur l'archive complète du compte @Deputee_Obono · Données au 13 juillet 2026 · Méthodologie en bas de page · Série «Profils en données» — dixième profil
560
tweets sur Israël/Palestine
14
tweets de soutien à la révolte iranienne de 2022 — record de la série
15
tweets sur les Ouïghours — record de la série
0
tweets sur le Congo, Boko Haram, le Soudan en guerre (2023-26)

L'internationaliste revendiquée

Danièle Obono, députée de Paris depuis 2017, née à Libreville, se définit elle-même comme altermondialiste, afroféministe, anti-impérialiste et panafricaine. Son archive — 14 486 tweets — est celle d'une parlementaire très active dont la production internationale est la plus diversifiée de la série : Israël/Palestine y pèse 560 tweets, soit 80% de sa production de crise — la part la plus basse des dix profils avec celle de Pablo Iglesias — contre 140 pour les seize autres crises réunies.

Tweets par crise — Obono (700 au total)
560
Israël/Pal.
56
Ukraine
16
Syrie
12
Yémen
5
Afgh.
15
Iran
6
Soudan
5
Mali
1
Karabakh
Tigré
9
Rohingyas
15
Ouïg.
Boko H.
Nica.
Cuba
Venez.
HK
CriseAmpleur (référence)Tweets en 9 ans
Israël/Palestine (conflit complet)~70 000 morts à Gaza (2023–26) + 1 200 le 7-Oct560
Ukraine — invasion russe~500 000 victimes, 6M réfugiés56
Syrie — guerre civile~500 000 morts, 13M déplacés16
Iran — répression interne (Amini 2022 + janvier 2026)500+ morts en 2022; des milliers (jusqu'à 20 000+) en janvier 202615
Ouïghours (Chine)Plus d'un million d'internés15
Yémen — guerre et famine~377 000 morts12
Rohingyas (Birmanie)Génocide de 2017, viols de masse9
Soudan — révolution 2019 / guerre 2023-150 000+ morts depuis 2023, famine déclarée6*
Afghanistan — femmes sous les talibansApartheid de genre depuis 20215
Mali / SahelMassacres djihadistes5*
Haut-Karabakh — Arméniens100 000 expulsés en 20231
Tigré (Éthiopie)~600 000 morts (2020–22)0
Lycéennes de Chibok / Boko Haram276 enlevées en 20140
Cuba — 11J et dissidencePlus de 1 000 arrêtés en 20210
Venezuela — répression et exode7,7M réfugiés; rapports ONU de crimes contre l'humanité0
Nicaragua — répression Ortega355 morts en 20180
Hong Kong — répressionLoi de sécurité nationale, 20200

* Ses 6 tweets soudanais soutiennent la révolution de 2019 (#SudanUprising); la guerre de 2023-26 et la famine d'El Fasher : 0 tweet. Ses 5 tweets Mali/Sahel portent sur Barkhane et la politique française, pas sur les massacres de civils.

L'exception iranienne — enfin

Neuf profils durant, cette série a documenté un quasi-désert : la révolte iranienne de 2022 — Mahsa Amini, «Femme, Vie, Liberté», 500 morts — comptait quatre tweets cumulés sur neuf comptes (deux de Montero, deux de Panot). Le dixième profil change la donne : Obono lui a consacré quatorze tweets entre septembre et décembre 2022 — un soutien explicite, répété, argumenté : «les femmes et la jeunesse mènent une révolte populaire contre l'oppression d'un régime religieux autoritaire», le hashtag #FemmeVieLiberte, le vote d'une résolution de soutien à l'Assemblée, «STOP AUX EXÉCUTIONS ARBITRAIRES». Dès 2019, elle défendait la défenseure des droits humains Nasrin Soutoudeh. Et en février 2026, elle nomme «la sanglante répression de la révolte populaire en Iran».

La limite de l'exception est celle de toute la famille : dès juin 2025 puis février 2026, quand Israël et les États-Unis attaquent, la ligne devient «nous dénonçons le régime dictatorial iranien, mais c'est Israël qui piétine le droit international» — la condamnation du régime maintenue, mais subordonnée à la dénonciation de l'Occident. Elle est néanmoins la seule des dix à maintenir les deux registres simultanément, jusque dans la même phrase.

Le test panafricain : réussi au nord-est, échoué au cœur

Pour une élue qui se définit panafricaine, l'archive livre un verdict en deux temps. Les engagements réels existent, et certains sont uniques dans la série : elle est la seule des dix à avoir construit un dossier rohingya (colloque organisé à l'Assemblée en 2018, audition d'Amnesty, campagne contre Total et Voltalia en Birmanie) et son dossier ouïghour est le plus fourni des dix comptes — question au ministre dès 2019, relances, cosignature d'une résolution reconnaissant les crimes contre l'humanité (tout en suivant la ligne LFI de refus du mot «génocide»). Elle a soutenu la révolution soudanaise de 2019 et salué la chute de la dynastie Bongo dans son Gabon natal.

Mais le cœur du continent est vide : le Congo et les massacres du Kivu — zéro tweet en neuf ans; Boko Haram et les lycéennes de Chibok — zéro; le Tigré et ses 600 000 morts — zéro; et surtout le Soudan d'aujourd'hui : la militante qui célébrait la «kandaka» de 2019 n'a pas écrit un seul tweet sur la guerre qui déchire le même pays depuis 2023 ni sur la famine d'El Fasher — le contre-point exact de Rima Hassan (zéro en 2019, vingt-trois tweets depuis 2024). Le panafricanisme de l'archive suit la politique française et les révolutions inspirantes; il ne suit pas les victimes des guerres africaines sans acteur occidental.

Le 7 octobre et le miroir des otages

Son tweet du 7 octobre 2023 ne nomme pas l'attaque : «Nous sommes et serons toujours, inlassablement, aux côtés des peuples... En Israël et en Palestine» (301 j'aime). Le 8, elle cite une voix israélienne tierce évoquant «l'attaque du Hamas... actions cruelles et criminelles»; le 10, elle formule l'équivalence qui restera la ligne du groupe : «le Hamas ET l'armée israélienne commettent des crimes de guerre et sèment la terreur». Le 17 octobre, sur Sud Radio, en pleine tempête sur la ligne LFI, elle décrit le Hamas comme «groupe politique islamiste, qui a une branche armée» — la formule qui a nourri la polémique. Le mot «terroriste», présent dans 112 de ses tweets — sans hésitation pour Conflans («assassinés par des terroristes») et Arras («attaque terroriste») — n'est jamais accolé au Hamas en voix propre.

Et son archive contient la version la plus élaborée du renversement lexical des otages : à partir de janvier 2025, le hashtag #OtagesPalestiniens, l'affirmation que «pour la propagande israélienne, les Palestinien·nes ne peuvent pas être otages», et jusqu'à un fil citant une analyse de ChatGPT sur l'usage «orienté» des mots «otages» et «prisonniers». La libération des otages israéliens figure dans ses listes de revendications (mai 2024) — noyée dans le miroir.

Ce que la méthode oblige à reconnaître

Le profil d'Obono accumule des exceptions qu'aucun autre compte de la série ne cumule : l'Iran de 2022 (quatorze tweets, record), les Ouïghours (quinze, record), les Rohingyas (neuf, seule de la série), la défense de Nasrin Soutoudeh dès 2019, et une condamnation de l'invasion russe formulée dès le 22 février 2022 («nous déplorons et condamnons l'escalade russe», puis «la Russie agresse l'Ukraine») — quoique toujours adossée au cadre anti-OTAN («l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN est la plus brillante des lignes rouges», relayé cinq jours avant l'invasion). Lorsqu'on l'accuse d'indignation sélective, elle répond d'ailleurs elle-même par ses états de service ouïghours — l'argument est documenté dans son archive, et cette série le confirme. Ce que la série documente aussi : les zéros qui résistent à la meilleure défense de la famille — Cuba, le Venezuela (dix-neuf mentions, aucune sur la répression, Trump en seul bourreau), le Nicaragua, le Congo, le Soudan en guerre — et le mot «terroriste», disponible cent douze fois, jamais pour le Hamas.

Dix profils : la série au complet

Obono clôt le lancement de cette série : dix dirigeants, deux pays, 168 000 tweets analysés selon les mêmes règles. Son profil confirme la géographie du patron dans sa version finale : une périphérie individuelle réelle et variable — l'Iran de 2022 chez elle, le Soudan chez Hassan, la condamnation du Hamas chez Bompard, Assad chez Panot — et un noyau qui n'a cédé chez aucun des dix : la concentration sur Israël comme unique grand récit international; le mot «terroriste», présent dans tous les vocabulaires, jamais accolé au Hamas en voix propre; et l'Amérique latine des régimes amis — Cuba, Venezuela, Nicaragua — dont la répression n'a été condamnée par aucun des dix comptes en seize ans de tweets. La synthèse comparative complète, avec la matrice Espagne-France, accompagne ce profil.

Méthodologie et limites

L'archive complète des tweets et réponses de @Deputee_Obono (14 486 publications, du 28 avril 2017 au 13 juillet 2026) a été téléchargée via une API de données publiques. Chaque crise a été identifiée par des dictionnaires de mots-clés en français avec délimiteurs de mots, et tous les décomptes ont été vérifiés par lecture des tweets. Correction issue de la vérification : le décompte iranien automatique (0) a été porté à 15 après lecture manuelle — ses quatorze tweets de 2022 utilisaient des formulations non couvertes par les mots-clés initiaux, une erreur en défaveur de l'intéressée que la relecture systématique a corrigée. Les tweets de chaque catégorie sont disponibles avec date, texte et lien dans l'annexe de données.

Limites : l'analyse couvre les tweets propres et les réponses, pas les retweets. Les chiffres de victimes cités en référence sont des estimations publiques approximatives (ONU, ACLED, études académiques). Ce profil analyse exclusivement les déclarations publiques d'une élue dans l'exercice de son activité politique, et documente avec le même soin les engagements qui la distinguent — plus nombreux ici que dans la plupart des profils — et les silences qui l'y rattachent.