Nous avons analysé les 12 841 tweets de la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale (2016–2026). Le noyau du patron documenté dans cette série est intact — 486 tweets sur Israël/Palestine contre 77 pour les seize autres crises réunies, et jamais le mot «terroriste» pour le 7 octobre. Mais son profil contient les exceptions les plus substantielles de la série : Mahsa Amini nommée deux fois, Assad condamné en toutes lettres, les Ouïghours soutenus.
Mathilde Panot préside le groupe parlementaire de La France Insoumise depuis octobre 2021 — c'est elle qui relaie les communiqués du groupe, elle qui monte à la tribune, elle qui défend la ligne dans les tempêtes médiatiques. Son archive (12 841 tweets depuis 2016) est donc au discours de LFI ce que celle de Pablo Fernández est à Podemos : la voix officielle. La distribution est presque identique : 486 tweets sur Israël/Palestine — 86% de sa production sur les crises internationales — contre 77 pour les seize autres réunies, et une trajectoire de groupe limpide : de 1 à 11 tweets par an sur le conflit avant 2023, puis une multiplication par plus de dix.
| Crise | Ampleur (référence) | Tweets en 10 ans |
|---|---|---|
| Israël/Palestine (conflit complet) | ~70 000 morts à Gaza (2023–26) + 1 200 le 7-Oct | 486 |
| Ukraine — invasion russe | ~500 000 victimes, 6M réfugiés | 34 |
| Syrie — guerre civile | ~500 000 morts, 13M déplacés | 12 |
| Mali / Sahel | Massacres djihadistes, milliers de morts | 9* |
| Yémen — guerre et famine | ~377 000 morts | 8 |
| Iran — répression interne (Amini 2022 + massacres de janvier 2026) | 500+ morts en 2022; des milliers (jusqu'à 20 000+) en janvier 2026 | 6 |
| Ouïghours (Chine) | Plus d'un million d'internés | 2 |
| Afghanistan — femmes sous les talibans | Apartheid de genre depuis 2021 | 2 |
| Soudan — guerre civile depuis 2023 | 150 000+ morts, famine déclarée | 1 |
| Tigré (Éthiopie) | ~600 000 morts (2020–22) | 1 |
| Rohingyas (Birmanie) | Génocide de 2017, viols de masse | 1 |
| Hong Kong — répression | Loi de sécurité nationale, 2020 | 1 |
| Lycéennes de Chibok / Boko Haram | 276 enlevées en 2014 | 0 |
| Haut-Karabakh — Arméniens | 100 000 expulsés en 2023 | 0 |
| Cuba — 11J et dissidence | Plus de 1 000 arrêtés en 2021 | 0 |
| Venezuela — répression et exode | 7,7M réfugiés; rapports ONU de crimes contre l'humanité | 0 |
| Nicaragua — répression Ortega | 355 morts en 2018 | 0 |
* Les 9 tweets Mali/Sahel concernent les soldats français, le débat sur Barkhane et les sanctions de la CEDEAO; les massacres djihadistes de civils maliens en sont absents. Le tweet soudanais unique date de 2019 : la guerre de 2023-26 et la famine d'El Fasher n'apparaissent pas.
Le 7 octobre 2023, la présidente du groupe relaie le communiqué qui allait déclencher l'une des plus grandes tempêtes politiques de la législature — celui qui qualifiait le massacre d'«offensive armée de forces palestiniennes». Le 10 octobre, sommée de s'expliquer, elle précise : «Le Hamas a commis des crimes de guerre». Une qualification pénale, choisie avec soin — et le mot «terroriste» n'y figure pas.
Ce mot, pourtant, elle l'emploie : 58 tweets de son archive le contiennent. Pour Samuel Paty — «acte terroriste», «terrorisme islamiste», hommages répétés année après année. Pour l'attentat d'Arras, «trois ans après l'acte terroriste contre Samuel Paty» — publié le 13 octobre 2023, en pleine semaine où elle refusait le même mot pour le Hamas. Pour l'attentat antisémite de Sydney en 2025, «acte terroriste antisémite». Le test lexical de cette série donne chez elle le même résultat que chez Mélenchon : le vocabulaire existe, il est simplement réservé — jamais pour le 7 octobre.
Son rapport aux otages israéliens est plus réel que celui de la plupart des profils de cette série, mais toujours médié : elle relaie en novembre 2023 l'appel au cessez-le-feu de Yaacov, père israélien d'une otage; elle revendique rétrospectivement, en juin 2024, d'avoir «appelé à la libération des otages dès le 19 octobre»; et en 2026, les otages apparaissent comme argument — «on nous a dit que si le Hamas rendait les otages, les bombardements s'arrêteraient» — contre la poursuite des frappes israéliennes.
Le mot «génocide» apparaît 217 fois dans son archive. Sa première occurrence est un hommage au génocide des Tziganes, à Auschwitz, en janvier 2021; son application à Gaza commence en décembre 2023 («risque génocidaire»), s'appuie sur la décision de la CIJ de janvier 2024 — puis devient un martèlement. Son deuxième tweet le plus viral de tous les temps (76 929 j'aime, mai 2024) tient en un mot répété six fois : «Génocide. Génocide. Génocide. Génocide. Génocide. Génocide.»
Le profil de Panot contient les exceptions les plus substantielles de toute la série — et elles doivent être dites avec la même précision que le reste. L'Iran : elle est, avec les 2 tweets d'Irene Montero, la seule des sept premiers profils à avoir nommé Mahsa Amini — deux tweets d'anniversaire (2023, 2024) saluant le «processus révolutionnaire» du peuple iranien. Et face aux massacres de janvier 2026, sa réaction fut immédiate et substantielle : alerte sur la coupure d'internet dès le 8 janvier («Le pire est à craindre»), «tout mon soutien au peuple iranien qui subit une répression sanglante avec plusieurs centaines voire milliers de morts» (14 janvier), puis la citation précise du bilan — «3 400 personnes ont été tuées dont au moins 208 enfants» (mars). La limite, documentée : dès les frappes américano-israéliennes du 28 février, le cadre bascule vers la guerre, jusqu'à l'inversion rhétorique — «La vie d'un Palestinien, d'un Libanais ou d'un Iranien vaut-elle moins à vos yeux que celle d'un Ukrainien ?» — où les morts du régime deviennent un argument contre l'Occident. Assad : à la chute du régime, elle écrit la condamnation la plus directe de la série — «des centaines de milliers de morts par la faute et l'entêtement d'un seul homme : Bachar el Assad» — et dénonce en 2025 les massacres d'alaouites et de chrétiens, puis en 2026 les attaques de la nouvelle armée syrienne contre les Kurdes : une cohérence pro-kurde constante depuis le Rojava de 2018. Ouïghours : soutien explicite au «peuple ouïghour persécuté par le régime chinois» (2022) et dénonciation du travail forcé chez Shein (2025). Ukraine : condamnation immédiate («invasion inacceptable», 25 février 2022) et discours à la tribune sur Boutcha, «théâtre d'un massacre». Là où le patron résiste : les zéros latino-américains (Cuba, Venezuela, Nicaragua — aucune mention de leur répression en dix ans), Boko Haram, les Arméniens du Karabakh, le Soudan d'aujourd'hui — et le mot «terroriste», disponible 58 fois, jamais pour le 7 octobre.
Panot est le septième profil de cette série et le deuxième français. La comparaison affine le constat : la périphérie du patron varie — les Français condamnent Poutine et Assad plus nettement, nomment Amini, soutiennent les Ouïghours là où Madrid se tait — mais le noyau ne varie jamais : la concentration massive sur Israël (87 à 95% de la production internationale selon les profils), le refus du mot «terroriste» pour le 7 octobre, et les silences latino-américains, Cuba, Venezuela, Nicaragua, où aucun des sept comptes n'a jamais condamné la répression. La question posée au premier profil français — la famille politique partage-t-elle le patron entier, ou seulement son noyau ? — reçoit avec Panot un début de réponse : le noyau est transnational; la périphérie est nationale.
L'archive complète des tweets et réponses de @MathildePanot (12 841 publications, du 18 septembre 2016 au 11 juillet 2026) a été téléchargée via une API de données publiques. Chaque crise a été identifiée par des dictionnaires de mots-clés en français avec délimiteurs de mots, et tous les décomptes ont été vérifiés par lecture des tweets. La vérification a corrigé trois faux positifs notables : «Moura» (le massacre malien) capturait «Mourad», le prénom de son suppléant (Mali/Sahel : 20 → 9); «Bahamas» capturait «Hamas» (9 → 7 mentions réelles); et un tweet sur Gaza mentionnant le Soudan comme destination de déportation a été retiré du décompte soudanais (2 → 1). Les tweets de chaque catégorie sont disponibles avec date, texte et lien dans l'annexe de données.
Limites : l'analyse couvre les tweets propres et les réponses, pas les retweets (son tweet le plus «viral» — 1,8M de j'aime — est d'ailleurs un retweet de Kylian Mbappé capté par l'API, exclu des analyses). Les chiffres de victimes cités en référence sont des estimations publiques approximatives (ONU, ACLED, études académiques). Ce profil analyse exclusivement les déclarations publiques d'une élue dans l'exercice de son activité politique, et documente avec le même soin les engagements qui la distinguent des autres dirigeants analysés.