Nous avons analysé les 9 426 tweets de l'eurodéputée franco-palestinienne (2019–2026). Son profil est singulier dans cette série : militante d'une cause avant d'être une généraliste, sa concentration sur Israël/Palestine — 96% de sa production de crise — est attendue, pas révélatrice. Les vraies mesures sont ailleurs : le mot «terroriste» employé 133 fois, presque exclusivement pour l'État d'Israël; le mot «génocide» 804 fois, record absolu de la série; le vote Sansal; et, à rebours du procès d'intention, l'engagement soudanais le plus substantiel des neuf profils analysés.
Rima Hassan n'est pas une dirigeante de parti dont on découvrirait la concentration israélo-palestinienne : née en 1992 dans le camp de réfugiés palestiniens de Neirab, près d'Alep, juriste, fondatrice de l'Observatoire des camps de réfugiés puis d'Action Palestine France, elle a été élue eurodéputée LFI en juin 2024 précisément comme voix de cette cause. Son archive le reflète sans surprise : 4 060 tweets sur le conflit — 96% de sa production sur les crises internationales — dont 4 055 depuis 2023, contre 5 sur toute la période 2020–2022, où son compte parlait surtout des camps de réfugiés.
Pour ce profil, la méthode de cette série change donc de question. Mesurer sa concentration serait enfoncer une porte ouverte. Les mesures qui renseignent sont : ce qu'elle fait des autres crises; et l'usage qu'elle fait des mots — «terroriste», «génocide», «otages» — dont l'un est aujourd'hui l'objet d'une procédure judiciaire la concernant.
| Crise | Ampleur (référence) | Tweets en 7 ans |
|---|---|---|
| Israël/Palestine (conflit complet) | ~70 000 morts à Gaza (2023–26) + 1 200 le 7-Oct | 4 060 |
| Syrie — guerre civile | ~500 000 morts, 13M déplacés | 61* |
| Soudan — guerre civile depuis 2023 | 150 000+ morts, famine déclarée | 23 |
| Ukraine — invasion russe | ~500 000 victimes, 6M réfugiés | 21 |
| Haut-Karabakh — Arméniens | 100 000 expulsés en 2023 | 9 |
| Afghanistan — femmes sous les talibans | Apartheid de genre depuis 2021 | 7 |
| Ouïghours (Chine) | Plus d'un million d'internés | 7 |
| Yémen — guerre et famine | ~377 000 morts | 6 |
| Iran — répression interne (Amini 2022 + janvier 2026) | 500+ morts en 2022; des milliers (jusqu'à 20 000+) en janvier 2026 | 4 |
| Mali / Sahel | Massacres djihadistes | 4 |
| Tigré (Éthiopie) | ~600 000 morts (2020–22) | 4 |
| Rohingyas (Birmanie) | Génocide de 2017, viols de masse | 4 |
| Nigeria — Boko Haram | 276 lycéennes enlevées en 2014 | 1 |
| Nicaragua — répression Ortega | 355 morts en 2018 | 1** |
| Hong Kong — répression | Loi de sécurité nationale, 2020 | 1 |
| Cuba — 11J et dissidence | Plus de 1 000 arrêtés en 2021 | 0 |
| Venezuela — répression et exode | 7,7M réfugiés; rapports ONU de crimes contre l'humanité | 0 |
* Les 61 tweets syriens sont presque tous biographiques ou palestiniens (les camps de Neirab et Yarmouk). ** L'unique «Nicaragua» est une liste de pays reconnaissant l'État de Palestine.
Dans les huit profils précédents, le test lexical mesurait une réserve : le mot «terroriste», disponible pour le terrorisme domestique, jamais accolé au Hamas. Chez Hassan, le test donne un résultat d'une autre nature : le mot est employé massivement — 133 tweets — mais sa cible dominante est l'État d'Israël. Son tweet le plus viral sur ce registre : «Il est temps de qualifier l'État d'Israël d'État terroriste» (13 juillet 2024, 41 672 j'aime); puis «Le terrorisme israélien» (20 748), «Israël est un État terroriste. Israël est un État génocidaire...» (25 490). Appliqué au Hamas, le mot apparaît une fois, en 2023, dans un cadre analytique — «le terrorisme du Hamas a été soutenu par Israël pour empêcher l'établissement d'un État palestinien». Sa position sur le 7 octobre lui-même, publiée le jour même : «il est moralement inacceptable de se réjouir de la mort de civils, tant du côté palestinien que du côté israélien» (3 804 j'aime) — une équivalence morale, au milieu de dizaines de tweets sur l'apartheid publiés les mêmes heures; le 11 octobre, elle revendique en réponse d'avoir «condamné les exactions du Hamas».
Le mot «otages» suit la même mécanique de renversement : 80 mentions, dont les plus marquantes retournent le terme — «Nos otages à nous», «les enfants palestiniens otages des geôles israéliennes», «Et sinon combien d'otages libérés ?» (novembre 2023, ironique, 3 035 j'aime). Et «génocide» établit le record absolu de la série : 804 tweets depuis le 15 octobre 2023 — plus que Belarra (516), près du double de tout autre profil français.
Le 23 janvier 2025, le Parlement européen adoptait massivement (533 voix) une résolution demandant la libération de l'écrivain Boualem Sansal, emprisonné en Algérie. Hassan fut l'une des 24 voix contre — et son archive contient sa défense complète, un thread de six tweets (7 690 j'aime) : Sansal arrêté «sur le fondement de l'article 87 bis», un texte «mis à l'agenda par une coalition de la droite et de l'extrême-droite», voter contre c'est «s'opposer à l'instrumentalisation». Deux jours plus tard : «Il y a eu plus de publications sur mon vote que sur le sort de Sansal lui-même.» L'argument de l'instrumentalisation est documenté; ce que l'archive documente aussi, c'est la hiérarchie qu'il révèle : les résolutions d'urgence sur le Soudan ont mérité ses voix, son travail et ses threads; la résolution sur l'écrivain emprisonné par le régime algérien a mérité un vote contre. La sélectivité, ici, n'est pas dans le silence — elle est dans le critère : quand la cause peut servir «la droite», la victime passe après le front.
Sur les massacres iraniens de janvier 2026, Hassan a réagi — réellement : dénonciation de la coupure d'internet qui «dissimule l'ampleur réelle des massacres» avec «solidarité» (29 janvier), relais du chiffre de Time (jusqu'à 30 000 morts). Mais son texte de synthèse du mois dit tout de la grille : les manifestations sont «réprimées et instrumentalisées» — la condamnation du régime et la méfiance envers l'Occident dans le même souffle. Et dès l'agression israélo-américaine du 28 février, la bascule est totale, jusqu'à son tweet iranien le plus viral : «L'Iran a le droit de se défendre et Israël a le droit de la fermer» (47 157 j'aime).
La Syrie, son pays de naissance, suit la même grille : 61 tweets, presque tous sur les camps palestiniens de Neirab et Yarmouk; Assad n'est jamais condamné nominalement avant sa chute — et à la chute (8 décembre 2024), sa lecture est immédiatement géopolitique : «une nouvelle page pour le peuple syrien dont la révolution a été confisquée par les puissances régionales et occidentales», avant un hommage sobre («un seul héros demeure, le peuple syrien»). Les zéros latino-américains de la série — Cuba, Venezuela, Nicaragua — sont chez elle intacts.
Deux constats à mettre au crédit de ce profil, et ils ne sont pas mineurs. D'abord, le Soudan : Hassan est, de très loin, la seule des neuf comptes analysés à avoir construit un engagement soudanais substantiel et continu — chiffres de l'ONU dès décembre 2024, travail de résolution au Parlement (dont celle de juillet 2026 qu'elle présente comme une avancée), session de la sous-commission droits de l'homme, dénonciation de la condamnation de BNP Paribas, rassemblement Bastille-Nation «pour le Soudan, pour la Palestine, pour le Congo». Le procès en indifférence à la souffrance non-palestinienne, chez elle, ne tient pas sur ce dossier. Ensuite, les Ouïghours et les Arméniens existent dans son archive (7 et 9 tweets, mobilisation de 2020 incluse) — quoique la crise arménienne soit dominée par un angle révélateur : «Israël arme l'Azerbaïdjan». Même ses causes périphériques finissent par regarder vers la même adresse.
Hassan est le neuvième profil de cette série et son cas-limite : celui où la concentration ne mesure plus une sélectivité mais une identité. Ce que son archive mesure en revanche avec une netteté qu'aucun autre profil n'atteint, c'est l'inversion lexicale complète — «terroriste» pour l'État d'Israël 133 fois, «otages» retourné, «génocide» 804 fois — et le critère qui gouverne ses indignations périphériques : réelles quand elles ne servent pas «l'instrumentalisation» adverse (Soudan), retenues ou renversées quand elles pourraient la servir (Sansal, l'Iran d'après le 28 février). Le noyau de la série — les silences latino-américains — est intact chez la militante comme chez les généralistes.
L'archive complète des tweets et réponses de @RimaHas (9 426 publications, du 30 août 2019 au 12 juillet 2026) a été téléchargée via une API de données publiques. Chaque crise a été identifiée par des dictionnaires de mots-clés en français avec délimiteurs de mots, et tous les décomptes ont été vérifiés par lecture des tweets. Corrections issues de la vérification : le décompte iranien (0 automatique) a été porté à 4 après lecture manuelle des tweets de janvier-février 2026; les 61 tweets syriens et l'unique tweet «Nicaragua» sont qualifiés dans les notes du tableau.
Limite spécifique à ce profil : l'API ne restitue que les tweets présents dans l'archive au moment de l'export. Les tweets supprimés — y compris celui de mars 2026 visé par la procédure pour «apologie du terrorisme» jugée le 7 juillet 2026, que l'intéressée conteste en dénonçant un procès politique — sont donc ABSENTS de cette analyse, qui ne peut ni les confirmer ni les infirmer. La présomption d'innocence s'applique pleinement. Ce profil analyse exclusivement les déclarations publiques présentes dans l'archive d'une élue dans l'exercice de son activité politique; l'analyse couvre les tweets propres et les réponses, pas les retweets. Les chiffres de victimes cités en référence sont des estimations publiques approximatives (ONU, ACLED, études académiques).